On croit souvent qu’il suffit de sortir la motobineuse pour venir à bout de toutes les herbes d’un coup. C’est vrai pour certaines plantes, faux pour d’autres. Voici comment ne pas transformer un binage en multiplication de mauvaises herbes.
L’idée reçue
Sur la plupart des forums de jardinage, la réponse tient en une phrase : une motobineuse (ou un motoculteur, sur le même principe) fait le travail à la place du désherbage, ses fraises hachent tout ce qui traîne et le terrain repart propre. Beaucoup de jardiniers sautent donc l’étape de l’arrachage manuel, persuadés qu’un bon passage de fraises règle le problème des herbes une bonne fois pour toutes, quelle que soit la plante en cause.
Ce qui est vrai
Sur une herbe annuelle, cette idée tient parfaitement la route. Les adventices annuelles (mouron des oiseaux, pourpier, folle avoine, laiteron) n’ont pas de système racinaire capable de repartir après un passage de fraises. Les enfouir directement dans le sol revient à créer un engrais vert : la matière organique se décompose et nourrit la terre. C’est même une bonne pratique pour préparer un potager avant les semis, ou avant de retourner la terre d’un massif au printemps. C’est en cela que biner diffère de labourer : le labour retourne la terre en profondeur avec un soc, tandis que le binage la fragmente en surface avec des outils rotatifs, sans distinction entre les racines qu’il traverse.
Ce qui est faux
Le chiendent, le liseron et le chardon sont les trois plantes qui font mentir l’idée reçue, aussi bien au potager que sur une pelouse ou un gazon à refaire. Leurs rhizomes ou racines pivotantes se fragmentent sous les fraises du motoculteur, et chaque fragment repart comme une bouture. Un chiendent qu’on croyait avoir éliminé peut ainsi se retrouver démultiplié quelques semaines plus tard, sur un terrain bien plus large qu’au départ. Le résultat inverse de l’effet recherché : au lieu d’un binage propre sur votre terrain, on obtient un jardin truffé de repousses.
Autre effet secondaire à connaître : travailler le sol ne fait pas disparaître les graines dormantes du jardin, au contraire. Selon l’INRAE, chaque travail du sol remonte à la surface des graines enfouies en profondeur, et la lumière stimule leur germination. C’est pour cette raison qu’un terrain fraîchement biné voit souvent repousser de nouvelles herbes dans les jours qui suivent un premier passage de motoculteur : ce n’est pas un échec, c’est un phénomène normal lié au travail du sol.
Comment procéder chez vous
Pour le chiendent, le liseron et les autres vivaces, la règle est simple : on arrache à la main ou à la fourche-bêche, on retire un maximum de racine dans la terre, puis seulement ensuite on passe le motoculteur ou la motobineuse sur le sol. Deux outils suffisent la plupart du temps pour ce désherbage préalable : une fourche-bêche pour soulever les touffes sans les couper, et des gants épais pour trier les racines sans se blesser sur le chardon. Une à deux semaines après le passage, un coup de binette en surface élimine les jeunes pousses qui se sont installées avant qu’elles ne durent dans le jardin.
| Type d’herbe | Exemples | Avant motobineuse |
|---|---|---|
| Annuelle | Mouron, pourpier, folle avoine | Enfouir directement, sert d’engrais vert |
| Vivace à rhizome | Chiendent, liseron | Arracher un maximum de racine avant |
| Vivace pivotante | Chardon, oseille sauvage | Arracher la racine principale avant |
Depuis le 1er janvier 2019, la vente et l’usage de produits phytopharmaceutiques de synthèse sont interdits aux particuliers en France, sauf produits de biocontrôle. Le désherbage manuel avant motobineuse redevient donc la méthode de référence pour préparer le sol, et pas seulement pour des raisons écologiques : c’est aujourd’hui la seule option légale pour un jardin familial.
Sur un terrain vierge laissé à l’abandon depuis plusieurs saisons de jardinage, arracher à la main devient vite décourageant, surtout si le chiendent a colonisé toute la surface. Dans ce cas, une solution consiste à faucher ou débroussailler d’abord au ras du sol, puis à passer une première fois la motobineuse électrique ou thermique en surface pour affaiblir les racines, avant un second passage plus profond dans la terre quelques semaines plus tard. Cette méthode progressive évite de forcer sur la machine, thermique ou électrique, qui bourre à chaque tour de fraises, tout en épuisant peu à peu les vivaces les plus coriaces du jardin. Le bon moment pour s’y mettre reste celui où la terre n’est ni détrempée ni sèche : voyez notre article sur quand passer la motobineuse ou le motoculteur pour choisir la bonne fenêtre selon la profondeur de travail souhaitée.
Une fois le terrain nettoyé des vivaces, un modèle fiable suffit largement à entretenir le reste au fil des saisons :
Le verdict
Désherber avant de passer la motobineuse n’est pas systématique : inutile sur des herbes annuelles, indispensable sur les vivaces à rhizome. Au printemps, avant les semis ou la remise en état d’une pelouse, ce tri évite bien des conseils de rattrapage la saison suivante.
Questions fréquentes
Faut-il désherber avant de passer la motobineuse ? Oui pour les vivaces à rhizome (chiendent, liseron, chardon), pas nécessairement pour les herbes annuelles qui peuvent être enfouies directement dans le sol.
Pourquoi le chiendent repousse-t-il plus après un passage de motoculteur ? Parce que ses rhizomes se fragmentent sous les fraises, et chaque fragment redonne une nouvelle pousse sur le terrain.
Peut-on encore utiliser un désherbant avant de biner son jardin ? Non, les produits phytopharmaceutiques de synthèse sont interdits aux particuliers depuis 2019.